juin 18, 2012
Le lundi c’est raviolis
Avec l’épicerie et les boites de conserves du placard, on ne fait que pas que des expressions con-con. La preuve avec ce passage tiré de Moderato Cantabile, de Marguerite Duras (1958):
« Sur un plat d’argent à l’achat duquel trois générations ont contribué, le saumon arrive, glacé dans sa forme native. Habillé de noir, ganté de blanc, un homme le porte, tel un enfant de roi, et le présente à chacun dans le silence du dîner commençant. Il est bien séant de ne pas en parler. (…) Le saumon passe de l’un à l’autre suivant un rituel que rien ne trouble, sinon la peur cachée de chacun que tant de perfection tout à coup ne se brise ou ne s’entache d’une trop évidente absurdité. (…) Des femmes, à la cuisine, achèvent de parfaire la suite, la sueur au front, l’honneur à vif, elles écorchent un canard mort dans son linceul d’orange. Cependant que rose, mielleux, mais déjà déformé par le temps très court qui vient de se passer, le saumon des eaux libres de l’océan continue sa marche inéluctable vers sa totale disparition et que la crainte d’un manquement quelconque au cérémonial qui accompagne celle-ci se dissipe peu à peu. »










