Le lundi c’est raviolis

Avec l’épicerie et les boites de conserves du placard, on ne fait que pas que des expressions con-con. La preuve avec ce passage tiré de Mythologies (Le bifteck et les frites), de Roland Barthes (1954-1956) :

« Le bifteck participe à la même mythologie sanguine que le vin. C’est le cœur de la viande, c’est la viande à l’état pur, et quiconque en prend, s’assimile à la force taurine.(…) Le sanguin est la raison d’être du bifteck : les degrés de sa cuisson sont exprimés, non pas en unités caloriques, mais en images de sang ; le bifteck est saignant (rappelant alors le flot artériel de l’animal égorgé), ou bleu (et c’est le sang lourd, le sang pléthorique des veines qui est ici suggéré par le violine, état superlatif du rouge). (…)

Comme le vin, le bifteck est, en France, élément de base, nationalisé plus encore que socialisé : il figure dans tous les décors de la vie alimentaire : plat, bordé de jaune, semeloïde, dans les restaurants bon marché ; épais, juteux, dans les bistrots spécialisés ; cubique, le cœur tout humecté sous une légère croûte carbonisée, dans la haute cuisine ; il participe à tous les rythmes, au confortable repas bourgeois et au casse-croûte bohème du célibataire ; c’est la nourriture à la fois expéditive et dense, il accomplit le meilleur rapport possible entre l’économie et l’efficacité, la mythologie et la plasticité de sa consommation. »